Phoebe
Phoebe.
Hey Phoebe, je vois bien que tu souries pas là, que t’as des cernes noirs, une démarche nonchalante et toujours ta veste en jean trop grande. J’étais assise sur les marches de dehors, à t’attendre pour qu’on aille ensemble s’ennuyer dans un de ces cours inintéressant.
Je t’ai vue arriver avec ta cigarette et ton air blasé, ton carré jamais coiffé. T’esquisses une moue qui traduit ta joie de me retrouver, me lâchant une indus avant que je n’ai pu te la demander. Galérienne que je suis, je te remercie.
Hey Phoebe, t’as la voix cassée aujourd’hui, t’as bu hier ? Tu daignes même pas répondre, rhétorique habituelle hein.
Aller, on y va, on est déjà en retard.
Phoebe elle parle pas beaucoup, elle a son accent britannique, la dégaine d’une punk, un personnage tout droit sorti d’une de ces séries trash.
Phoebe, c’est le cliché de l’anglaise de la banlieue londonienne, qu’a des résultats scolaires exceptionnels, des parents plutôt aisés mais Phoebe elle essaye de s’en émanciper de cette bourgeoisie, même si bon, elle se retrouve à Paris, dans cette école plutôt réputée.
Phoebe, elle traine dans toutes les galeries du 6ème, celle qui s’assoit dans un bar, s’enfilant les pintes comme une dévergondée, plutôt difficile de la suivre dans sa tournée. Mais Phoebe elle a cette mélancolie qui lui colle à la peau, elle a la vie plutôt facile on peut dire, de quoi peut-elle se plaindre au juste hein ? mais Phoebe elle a cette délicatesse qui amène souvent son amie tristesse avec elle.
Phoebe, elle a sa fierté aussi, elle est toujours gentille, elle me donne tout le temps une feuille et un crayon, elle sait que je viens toujours le sac à moitié vide. Phoebe, c’est un peu une dandy née à la mauvaise époque, une enfant des 90’s qu’aurait aimé gouter les sixties, elle se drogue pas elle, mais ça la fascine ces psychotropes, alors quand je lui raconte mes trips sous ectasie, elle me regarde de ces grands yeux gris-bleus et esclaffe à tout va des « oh that’s so cool ». Elle est drôle quand elle me regarde comme ça, on dirait une enfant à qui on dit « moi je suis allée en Amazonie ».
Phoebe c’est un petit mystère pour le reste de la Terre, toujours silencieuse, à observer le monde avec intérêt, Phoebe elle remarque les choses, même tes nouvelles baskets.
Phoebe, on pourrait la prendre pour une tarée, elle s’habille dans les friperies ou à la mode vintage, elle a son style à elle, y’a pas longtemps elle avait changé ses cheveux blonds pour du vert, elle a un piercing au septum, et des bracelets un peu de partout.
Phoebe, pour la comprendre faut être patiente, pas la brusquer dans ses périodes d’absence, Phoebe, elle est capable de s’emmurer dans son propre monde, ça lui arrive surtout quand, bouche bée, elle est dominée par le talent d’un de ces artistes qu’elle s’échine à trouver dans les recoins du monde.
Phoebe elle adore voyager, découvrir et aussi fuir, je me rappelle quand on s’est parlée pour la première fois, Phoebe elle parlait pas vraiment français, alors c’est moi qui m’y suis collée, de mon anglais maladroit je lui demande quand est-ce qu’elle était arrivée en France, elle a tourné la tête avec son grand sourire qui fait ressortir ses légères tâches de rousseurs d’anglaise me répondant « yesterday ».
Phoebe, elle est toujours en vadrouille, aux prochaines vacances, elle ira à Amsterdam et Prague, toujours plus d’art, toujours plus de paysage. Phoebe aussi, quand elle boit, elle fait de grands gestes bizarres, et quand y’a de la musique, elle se met à danser gracieusement, elle ferme les yeux et se laisse enivrer.
Phoebe elle lit pas beaucoup, même si elle a une grande culture, mais ce qui la fait vibrer elle, c’est l’art moderne, elle saurait pas t’expliquer pourquoi, c’est comme ça. Je comprends pas spécialement pourquoi on s’entend bien, on a pas grand-chose à voir, ni même le même caractère. Avec Phoebe, on pourrait entrevoir une once de gentillesse dans ma voix, mon phrasé détestable se change en un parler chaleureux et animé en sa compagnie. Phoebe, elle finira par faire des grandes choses, des choses qui lui appartiennent, qu’elle aura décidé elle-même. Phoebe, elle est pas contre le système, mais elle n'est pas dedans non-plus. Elle me fait souvent penser à un cliché, que je lui dis, ça la fait toujours enrager.
Bref, y’a l’exposé à terminer.
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